Cyclisme à Majorque : 10 routes, cols et conseils pour prendre l’île par le guidon
Majorque se lit autrement quand on a la tête dans le guidon. La même île qui sert de décor aux transats se transforme en terrain de jeu sérieux dès qu’on attaque la Tramuntana, entre lacets impeccables, vent de mer et cafés de village où les vélos s’alignent comme une seconde terrasse.
Cette sélection ne cherche pas à tout lister, mais à tracer une colonne vertébrale du cyclisme majorquin en 10 entrées : les ascensions qui comptent, les lignes de crête à dompter, les échappées plus douces au sud-est et les réflexes pratiques qui font la différence entre un séjour subi et un voyage maîtrisé.
1. Sa Calobra, l’obsession qui fait basculer dans la Tramuntana
On ne « passe » pas par Sa Calobra, on l’assume. La route descend d’abord en lacets vers la mer avant de vous demander des comptes à la remontée : 10 km, autour de 7 % de moyenne, des rampes courtes mais féroces qui flirtent avec les 20 % et ce fameux virage du « nœud de cravate » où la route se croise elle-même. En bas, une crique encaissée, l’entrée du Torrent de Pareis, l’odeur de sel et de crème solaire ; en haut, le souffle court et la vue qui s’ouvre sur la montagne.
L’aller-retour depuis la Ma-10 tourne autour de 45-50 km et 1 200 m de dénivelé. Ce n’est pas une sortie à improviser : braquet compact, cassette généreuse, freins impeccables pour la descente étroite, et un minimum d’habitude de la montagne. Pour éviter le ballet des cars et profiter de la lumière dorée sur les falaises, visez la fin d’après-midi entre octobre et mai. C’est là que Sa Calobra cesse d’être un simple « mythe Strava » pour devenir votre montée de référence en cyclisme majorque.
2. Puig Major depuis Sóller, la longue montée qui apprend le rythme
Si Sa Calobra est un coup de poing, Puig Major est un morceau de tempo. Depuis Sóller, la plus longue ascension de Majorque dépasse les 14 km à environ 6 % de moyenne, sans mauvaise surprise : une pente régulière qui permet de se caler, de jouer avec le cardio et d’entrer dans ce tunnel de concentration que cherchent les grimpeurs. On quitte les orangers de la vallée, on passe les murs de pierre sèche, puis la montagne se resserre avant de déboucher sur le duo minéral des réservoirs de Cúber et Gorg Blau.
Le paysage change par strates : odeur d’agrumes en bas, pinède fraîche, puis roche nue et eau d’un bleu dense dans les lacs de barrage. La route est large, le bitume généralement propre, idéale pour travailler les longues répétitions en montée comme en descente. Pour un gros bloc, enchaînez Coll de Sóller puis Puig Major ; pour une version plus contemplative, grimpez depuis Sóller tôt le matin, laissez le soleil se lever derrière vous et prenez un café à Fornalutx au retour, dans l’un des villages les mieux posés de la Serra.
3. Cap de Formentor, la route suspendue entre falaises et chèvres
Au nord, la route du Cap de Formentor est moins un « col » qu’une ligne de crête mouvante entre mer et vide. Depuis Port de Pollença, on enchaîne bosses et replats sur une vingtaine de kilomètres jusqu’au phare, avec deux vraies difficultés : la montée vers le mirador Es Colomer, puis la rampe après le tunnel, exposée au vent. À droite, la Méditerranée cogne contre les falaises ; à gauche, la pinède tombe dans le vide. Quelques chèvres traversent sans prévenir, les cris des mouettes se mêlent au cliquetis de la chaîne.

Les dernières années ont vu se renforcer les restrictions de circulation pour les voitures en haute saison sur la péninsule de Formentor, ce qui rend la route plus respirable pour les cyclistes… à condition de s’informer avant de partir. La meilleure stratégie reste la même : décoller à l’aube depuis Port de Pollença ou Alcúdia, phares allumés pour les tunnels, veste légère pour la descente, et atteindre le phare avant l’arrivée des navettes et des promeneurs. C’est une sortie accessible à tout cycliste régulier, mais le vent et la fréquentation en font un itinéraire à aborder avec autant de respect que d’envie.
4. La Ma-10 de Pollença à Andratx, l’épine dorsale de la Tramuntana
La Ma-10, c’est la ligne qui explique pourquoi Majorque est devenue un classique du cyclisme européen. Entre Pollença et Andratx, environ 110 km de montagne douce à moyenne intensité, une succession de cols, de belvédères et de villages agrippés à la pente. On passe près de Lluc, on longe les lacs de Puig Major, on surplombe Deià, Valldemossa, Banyalbufar et Estellencs, avec la mer presque toujours en contrebas, plus ou moins proche selon les sections.
Faites-la dans le bon sens pour votre niveau : Pollença → Andratx ou Port d’Andratx → Alcúdia, peu importe tant que vous acceptez que la journée sera longue, souvent au-delà des 2 500 m de dénivelé. C’est un ruban où l’on alterne efforts sérieux et pauses café sur des terrasses où les vélos dominent les voitures. Pour beaucoup, c’est la sortie-repère d’un séjour cyclisme majorque : celle qu’on prépare, qu’on respecte, et dont on garde les successions de virages en mémoire bien après le retour.
5. Col de Sóller et boucle Palma – Port de Sóller, le classique accessible
Avant le tunnel, il n’y avait que lui : le col de Sóller, 6 km d’épingles serrées à environ 5 %. Aujourd’hui, la vieille route est devenue un terrain de jeu pour cyclistes, loin de la majorité du trafic. Depuis Palma ou Bunyola, on grimpe dans un ballet de lacets bordés de murets en pierre sèche, avec de courtes lignes droites où l’on entend surtout le bourdonnement des roues et, parfois, le train touristique en contrebas dans la vallée.
De l’autre côté, la descente vers Sóller récompense les amateurs de trajectoires propres : courbes régulières, bitume correct, vues sur la vallée plantée d’orangers. En prolongeant jusqu’au port de Sóller, vous ajoutez une touche maritime à la sortie, avec la possibilité d’un café serré face aux barques avant de remonter le col dans l’autre sens. Une boucle idéale pour un premier contact avec la montagne majorquine depuis Palma, ou pour une journée « entre deux gros cols » dans un séjour plus dense.

6. Coll de Femenia et le nord intérieur, la porte d’entrée vers la Serra
Depuis Pollença, le Coll de Femenia offre un résumé doux mais sérieux de la Tramuntana : environ 8 km à 6 % de moyenne, une pente régulière, un final plus respirant. La route se hisse au-dessus des murets et des amandiers, puis s’enfonce dans un paysage plus minéral ; on jette un dernier regard vers la baie d’Alcúdia avant que la montagne ne reprenne le dessus. Ici, pas de foule façon Sa Calobra, mais une montée fréquentée par ceux qui connaissent.
En haut, plusieurs options : pousser vers le monastère de Lluc, basculer vers l’intérieur de l’île ou s’aventurer plus loin sur la Ma-10. C’est une excellente première ascension pour juger de son niveau en début de séjour, ou une montée à intégrer dans un parcours plus long qui mêle nord côtier et campagne intérieure. Le bitume est globalement bon, la circulation raisonnable, ce qui en fait une alternative de choix pour découvrir la montagne sans l’intensité logistique de Sa Calobra.
7. Monnaber, Sineu et les plaines : le terrain d’endurance
Majorque n’est pas que corniches et pourcentages à deux chiffres. Entre Campanet, Monnaber, Muro, Petra et Sineu, l’île déroule un patchwork de petites routes où l’on accumule les kilomètres plus que le dénivelé. C’est là que beaucoup d’équipes et de clubs viennent construire leur fondation hivernale : enchaîner 80, 100, 130 km sur un relief ondulé, porté par le vent et le rythme des relais.
On traverse des villages où le café de la place sert autant de cortados que de bières, on longe des champs d’amandiers et de figuiers, on croise des tracteurs plus souvent que des bus touristiques. Sineu, avec son marché hebdomadaire, met un peu d’animation au milieu de ces sorties d’endurance. Si vous logez dans un hôtel rural du coin ou dans des adresses comme Son Sant Jordi à Pollença (facilement accessible depuis ces boucles), prévoyez au moins une journée entière consacrée à ce type de profil : vos jambes vous remercieront au moment de retourner dans la Tramuntana.
8. Portocolom, Mondragó et Colònia de Sant Jordi, l’échappée au sud-est
Quand la montagne a laissé des traces, le sud-est de Majorque offre un contrepoint bienvenu. Entre Portocolom, Santanyí, le parc naturel de Mondragó et Colònia de Sant Jordi, on roule sur un relief plus doux, fait de bosses courtes, de routes rurales et de petites stations balnéaires encore à taille humaine hors saison. La lumière y est plus blanche, les odeurs plus marines, les lignes droites plus longues que dans la Serra.
Une belle journée type : départ du phare de Portocolom, traversée de l’arrière-pays viticole, détour par les criques et les sentiers asphaltés de Mondragó, puis arrivée le long des salines vers Colònia de Sant Jordi, face aux eaux peu profondes et claires. Le dénivelé reste contenu, la technique aussi ; idéal pour les cyclistes intermédiaires, les groupes hétérogènes ou un « jour facile » au cœur d’un séjour plus ambitieux. On y goûte une autre facette du cyclisme majorque, moins célèbre mais tout aussi satisfaisante quand on veut rouler sans se battre avec la pente.

9. Circuits organisés et bases cyclistes, pour se laisser porter intelligemment
Tout le monde n’a pas envie de tracer ses GPX, de gérer les transferts et de jouer les mécanos après une journée de cols. C’est là que les circuits organisés prennent leur sens. Des agences spécialisées comme Eat Sleep Cycle, mais aussi des plateformes comme TourRadar ou des acteurs plus locaux type Mallorca Authentic, proposent des « Tours de Majorque » en plusieurs jours, souvent en étoile autour de Pollença, Sineu ou Sóller, avec des nuits dans de petites adresses adaptées aux cyclistes, comme Son Sant Jordi ou Ca’s Papà.
Concrètement, on vous fournit le vélo (si besoin), les itinéraires, parfois un véhicule d’assistance et un guide qui connaît par cœur le meilleur moment pour attaquer Sa Calobra ou éviter les embouteillages vers Formentor. C’est une formule à considérer pour un premier séjour ou si vous voyagez en petit groupe avec des niveaux différents : chacun peut adapter la distance du jour sans se perdre dans la logistique. En haute saison cycliste (février-avril et octobre), mieux vaut réserver longtemps à l’avance : les bonnes bases se remplissent aussi vite que les vols.
10. Saisons, matériel, vols et locations : les réflexes qui changent tout
La réussite d’un voyage cyclisme majorque se joue souvent avant même le premier coup de pédale. La fenêtre idéale s’étire d’octobre à mai : routes plus calmes, températures gérables, cafés ouverts mais pas saturés. Entre février et avril, l’île se pare de maillots pros et amateurs ; en plein été, on ne conseille de rouler en montagne qu’à l’aube, avec une attention particulière à l’hydratation et au risque de coups de chaleur.
Côté logistique, les vols dédiés aux cyclistes se sont multipliés : des compagnies comme Fly Edelweiss ou d’autres transportent facilement les vélos, mais si vous voulez voyager léger, les boutiques de Palma, Alcúdia, Pollença ou Playa de Muro louent des vélos de route haut de gamme réglés aux petits oignons. Prévoyez un braquet compact (ou un subcompact) avec une cassette au moins en 30 ou 32 dents, des pneus de 25–28 mm, deux bidons, un gilet coupe-vent pour les longues descentes et un éclairage minimal pour les départs matinaux et les tunnels. Ajoutez un peu de bon sens – partir tôt, lever le pied dans les descentes, respecter des routes partagées avec des vacanciers pas toujours à l’aise – et Majorque vous rendra chaque précaution par des journées de vélo d’une fluidité rare.
Au final, que vous veniez pour cocher Sa Calobra, aligner des blocs d’endurance dans les plaines ou vous offrir une semaine encadrée, l’île a le profil qu’il vous faut. Il suffit de choisir votre saison, votre terrain et votre manière de l’habiter ; Majorque, elle, est déjà prête.


























